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Investissement & Juridique · 14 min de lecture · 10 juin 2026 · KEYS Real Estate

Leasehold vs freehold en Thaïlande : ce que 2025 a changé pour les acheteurs étrangers

Villa contemporaine en Thaïlande, structure de propriété leasehold ou freehold
30 ans
durée maximale légale d'un bail — les « 90 ans garantis » n'existent pas
49 %
quota maximal de propriété étrangère dans un condominium
34
sociétés suspectées de prête-noms sous enquête à Samui et Phangan (mai 2026)
En résumé — avant de signer quoi que ce soit

Ce qu'un étranger peut (et ne peut pas) posséder en Thaïlande

C'est la première question de tout acheteur étranger en Thaïlande — et celle qui génère le plus de réponses fausses, parfois de la bouche même de ceux qui vendent. Posons le cadre, sources juridiques à l'appui.

La règle de base est sans ambiguïté : un étranger ne peut pas être propriétaire de la terre en Thaïlande (Land Code, dispositions des sections 86 à 96). À partir de là, quatre voies légales structurent tout le marché :

Précision utile

Tout bail de plus de 3 ans doit être écrit et enregistré au Land Office (section 538 CCC) — sinon il n'est exécutoire que sur 3 ans. Un « bail de 30 ans » non enregistré est donc, juridiquement, un bail de 3 ans.

L'arrêt qui a enterré le mythe des « 90 ans garantis »

Pendant des années, une partie du marché a vendu des villas en « leasehold 90 ans » : un bail de 30 ans assorti de deux renouvellements automatiques pré-signés — le fameux « 30+30+30 », souvent payé d'avance et présenté comme « sécurisé ».

La Cour suprême de Thaïlande a remis les pendules à l'heure : dans l'arrêt n° 4655/2566, rendu public en mars 2025 (affaire partie d'un litige à Phuket), elle juge que toute clause de renouvellement automatique visant à dépasser les 30 ans est nulle — y compris convenue d'un commun accord, payée d'avance et enregistrée. Le raisonnement : autoriser ces montages reviendrait à vider de son sens le plafond légal de la section 540, qui relève de l'ordre public.

Trois conséquences pratiques, à bien distinguer :

  1. Le bail initial de 30 ans enregistré reste pleinement valide. Personne ne perd son droit en cours.
  2. Les renouvellements promis ne sont pas exécutoires : à l'échéance, renouveler exige un nouveau contrat, signé et enregistré — au bon vouloir du propriétaire d'alors (ou de ses héritiers, ou de l'acquéreur du terrain).
  3. Le prix doit refléter cette réalité : une villa « 90 ans » se paie comme 30 ans de jouissance, pas comme une pleine propriété.
Ce que l'arrêt n'est pas

Contrairement à ce qu'on a pu lire en 2025, ce n'est pas un revirement : la Cour suprême juge dans le même sens depuis les années 1970 (décisions de 1974 et 1997 sur l'inopposabilité des promesses de renouvellement aux héritiers et acquéreurs). L'arrêt 4655/2566 a simplement rendu indéfendable un argumentaire commercial qui n'aurait jamais dû exister. Les vendeurs qui promettent encore « 90 ans garantis » en 2026 vous renseignent surtout… sur leur sérieux.

À noter également : le projet gouvernemental d'étendre le leasehold à 99 ans, un temps annoncé comme imminent, a été officiellement abandonné en septembre 2025. En juin 2026, la règle est, et reste, 30 ans.

Leasehold vs freehold : le comparatif

Leasehold (villa) vs freehold (condo) — l'essentiel
CritèreLeasehold 30 ansCondo freehold
Nature du droitDroit personnel (bail enregistré)Pleine propriété (titre Chanote du lot)
Durée30 ans max, renouvellement non garantiPerpétuelle
Transmission aux héritiersS'éteint en principe au décès (aménageable)Se transmet comme toute propriété
ReventeCession du bail restant (valeur décroissante)Marché secondaire classique
Si le propriétaire vend / décèdeBail maintenu (s. 569 CCC), options non opposablesNon concerné
Type de bienVillas, maisons, terrainsAppartements uniquement (quota 49 %)
Frais d'acquisition1,1 % du loyer total2 % de transfert + taxes vendeur

Pour le détail du processus d'achat d'un condominium (quota, FET form, due diligence), voir notre guide complet de l'achat de condo en Thaïlande.

Un leasehold bien structuré : la checklist

Le leasehold n'est pas un pis-aller : bien structuré, c'est un cadre sûr, utilisé par des milliers de propriétaires étrangers. Mais chaque mot du contrat compte :

Les 7 points d'un leasehold sérieux

  • Enregistrement au Land Office du bail complet (pas seulement 3 ans), mention portée sur le titre du terrain.
  • Loyer intégralement documenté : montant, échéancier, reçus — la jurisprudence protège mieux le bail dont le loyer est prépayé et tracé.
  • Clauses de succession : co-titularité avec le conjoint et/ou les enfants dès la signature, clause de transfert admise — le bail s'éteint en principe au décès du locataire.
  • Droit de sous-location et de cession explicite, pour préserver la valeur de revente et la mise en location gérée.
  • Aucune clause de renouvellement « automatique » payée d'avance : depuis l'arrêt 4655/2566, c'est de l'argent jeté. Préférez un droit de préférence symbolique, en connaissant sa portée limitée.
  • Vérification du bailleur : titre de propriété (Chanote), hypothèques, servitudes, litiges en cours.
  • Combinaison avec un droit de superficie sur le bâti (voir ci-dessous) quand la construction est neuve.

Cette rigueur contractuelle est exactement ce qui sépare un achat serein des erreurs fatales que nous documentons chez les acheteurs de villas.

Usufruit et superficie : les renforts juridiques sous-utilisés

Deux droits réels — donc plus robustes qu'un simple bail — complètent l'arsenal :

L'usufruit (sections 1417-1428 CCC)

Droit d'usage, de possession et de jouissance, enregistré au Land Office, consenti pour une durée fixe ou pour la vie de l'usufruitier — il peut donc dépasser 30 ans. Limite : il s'éteint au décès et ne se transmet pas. Usage typique : sécuriser le conjoint étranger d'un propriétaire thaïlandais, ou un résident retraité sur sa villa.

Le droit de superficie (sections 1410-1416 CCC)

Il permet à l'étranger d'être propriétaire des constructions édifiées sur le terrain d'autrui : la villa est titrée à son nom, le terrain reste thaïlandais. Durée : 30 ans renouvelable, ou la vie du superficiaire. Combiné à un leasehold sur le terrain, c'est la structure villa la plus solide accessible à un étranger : terre en bail + murs en propriété. Pour un projet de construction sur terrain nu (zonage, permis, unités de mesure), notre guide acheter un terrain en Thaïlande prend le relais.

La structure que nous recommandons le plus souvent

Pour une villa neuve : leasehold 30 ans enregistré sur le terrain + superficie sur le bâti au nom de l'acheteur, clauses de succession soignées. Pour un appartement : condo freehold dans le quota 49 %. Le reste se discute cas par cas — avec un avocat indépendant, jamais avec le seul conseil du vendeur.

Le piège des sociétés à prête-noms — plus risqué que jamais

Le « montage » encore proposé à certains acheteurs : créer une société thaïlandaise détenue à 51 % par des actionnaires thaïs de complaisance (nominees) pour acheter la terre « en pleine propriété ». Disons-le sans détour : c'est illégal (Foreign Business Act ; Land Code, sections 94 et 96), et la fenêtre de tolérance se referme vite :

Nous avons consacré un dossier complet à cette vague de contrôles et à ce qu'elle signifie pour les acheteurs : 46 000 sociétés thaïes enquêtées — le guide sécurité de l'immobilier. Une société avec une activité réelle et des associés thaïs réellement investis reste légale — mais ce n'est pas un véhicule d'achat de villa de vacances.

Frais et taxes comparés

Coûts d'acquisition (Land Office, 2026)
StructureFraisPrécisions
Leasehold (enregistrement)1 % + 0,1 % de timbre = 1,1 %Calculé sur le loyer total de la période
Freehold condo (transfert)2 %Sur la valeur cadastrale ; usage courant : partagé 50/50
+ Specific Business Tax3,3 %Si le vendeur détient depuis moins de 5 ans (sinon timbre 0,5 %)
+ Retenue à la sourceVariable1 % si vendeur société ; barème progressif si particulier
Usufruit / superficieFrais d'enregistrement réduitsSelon la valeur déclarée de l'acte

La réduction temporaire des frais de transfert à 0,01 % (biens ≤ 7 M THB, jusqu'au 30 juin 2026) est réservée aux acheteurs thaïlandais — elle ne s'applique ni aux étrangers ni aux sociétés. Pour l'imposition de la détention et des revenus locatifs, voir notre guide fiscalité immobilière en Thaïlande pour les investisseurs français.

Quelle structure pour quel profil ?

Faites valider votre structure d'achat avant de signer

Chaque villa de notre catalogue est vérifiée : titre, structure juridique proposée, conformité du bail. Décrivez votre projet, nos conseillers francophones vous expliquent la structure adaptée — et ce qu'il faut refuser.

Décrire mon projet immobilier Premier échange gratuit. Pour la vue d'ensemble, notre guide pour investir à Koh Samui.

Sources et références

Sources juridiques

  • Code civil et commercial thaïlandais : sections 538, 540 et 569 (bail) ; 1410-1416 (superficie) ; 1417-1428 (usufruit).
  • Cour suprême de Thaïlande, arrêt n° 4655/2566 (rendu public en mars 2025) — nullité des clauses de renouvellement automatique au-delà de 30 ans ; jurisprudence concordante de 1974 et 1997.
  • Condominium Act B.E. 2522 — quota étranger de 49 %.
  • Land Code, sections 86-96 ; Foreign Business Act B.E. 2542, section 36 (sanctions nominees).
  • Abandon du projet de leasehold 99 ans : annonce gouvernementale du 16 septembre 2025.
  • Répression des prête-noms : directive DBD n° 2/2568 (en vigueur au 1er janvier 2026) ; enquêtes DSI sur 34 sociétés à Koh Samui / Koh Phangan (mai 2026).
  • Barème des frais : Land Office (enregistrement de bail 1 % + 0,1 % ; transfert 2 % ; SBT 3,3 %).

Cet article présente le cadre général en vigueur en juin 2026 et ne constitue pas un conseil juridique. Faites systématiquement valider votre montage par un avocat indépendant en Thaïlande.

FAQ : leasehold et freehold en Thaïlande

1. Un bail de 90 ans (30+30+30) est-il possible ?

Non. Le plafond légal est de 30 ans (s. 540 CCC). Les clauses de renouvellement automatique sont nulles — réaffirmé par l'arrêt n° 4655/2566 (mars 2025), dans la droite ligne d'une jurisprudence constante. Seul le bail initial enregistré est garanti ; le renouvellement, à l'échéance, dépendra du propriétaire d'alors.

2. Que devient mon leasehold si le propriétaire vend ou décède ?

Le bail enregistré survit : l'acquéreur du terrain ou les héritiers du bailleur reprennent le contrat (s. 569 CCC). En revanche, les promesses de renouvellement et options ne les lient pas — d'où l'importance de payer le bien à sa valeur de 30 ans.

3. Mes héritiers hériteront-ils de mon leasehold ?

Pas automatiquement : le bail est un droit personnel qui s'éteint en principe au décès du locataire. Solutions à structurer dès la signature : co-titularité avec conjoint/enfants, clauses de transfert reconnues par la jurisprudence. Le condo freehold, lui, se transmet comme toute propriété.

4. Condo freehold ou villa leasehold : que choisir ?

Condo freehold : simplicité, transmissibilité, pleine propriété — dans le quota 49 % (voir notre guide condo). Villa leasehold + superficie : surface, intimité, potentiel locatif supérieur. Le bon choix dépend du projet : résidence, retraite ou investissement.

5. Acheter via une société thaïlandaise, légal ou pas ?

Légal uniquement si la société a une activité réelle et des associés thaïs réellement investis. La société-écran à prête-noms est illégale : amendes 100 000-1 000 000 THB, jusqu'à 3 ans de prison, cession forcée du terrain. La répression s'est durcie en 2025-2026 (preuve de financement obligatoire, 34 sociétés sous enquête DSI à Samui/Phangan) — notre dossier sécurité fait le point.

6. Combien coûte l'enregistrement d'un leasehold ?

1,1 % du loyer total de la période (1 % d'enregistrement + 0,1 % de timbre), au Land Office. À comparer aux 2 % de frais de transfert d'un condo freehold, plus taxes côté vendeur (SBT 3,3 % ou timbre 0,5 %, retenue à la source).

Conclusion : la sécurité est dans la structure, pas dans la promesse

Le marché thaïlandais n'est ni un far west ni un terrain miné : c'est un cadre juridique précis, qui protège très bien l'acheteur qui le respecte — et expose durement celui qui écoute les promesses commerciales. Depuis mars 2025, plus personne ne peut prétendre ignorer que le « 90 ans garanti » n'existe pas : exigez un bail de 30 ans enregistré au juste prix, des droits réels en renfort (superficie, usufruit), et un avocat indépendant à la signature.

C'est exactement le niveau d'exigence que nous appliquons aux villas de notre catalogue — et la raison pour laquelle nous avons écrit ce guide.